La querelle des Sonnets (1648-1649)

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Querelle provoquée par la comparaison entre deux sonnets.

Vers 1620, Voiture composa un sonnet. Il l'appela Uranie, et vingt sept ans plus tard, en 1647, Benserade en composa un qu'il appela Job.
A la mort de Voiture (en 1648) quelqu'un eut alors l'idée de comparer les deux sonnets et une bombe éclata en 1649. Toute la cour fut partagée en 1651 sur ces deux sonnets.. Il y eut deux partis, les Jobelins (partisans du sonnet de Benserade), et les Uraniens (qui préféraient celui de Voiture) ; le prince de Conti fut à la tête du premier, et la duchesse de Longueville, sa sœur, se mit à la tête du second.

les marquises de Montausier , de Sablé et les femmes en général, tenaient pour Voiture

les deux sonnets

Sonnet d’Uranie

 « Il faut finir mes jours en l’amour d’Uranie,
L’absence ni le temps ne m’en sauraient guérir,
Et je ne vois plus rien qui me pût secourir
Ni qui sût rappeler ma liberté bannie. 

Dès longtemps je connais sa rigueur infinie ;
Mais, pensant aux beautés pour qui je dois périr,
Je bénis mon martyre et, content de mourir,
Je n’ose murmurer contre sa tyrannie.

 Quelquefois ma raison, par de faibles discours,
M’excite à la révolte et me promet secours ;
Mais lorsqu’à mon besoin je me veux servir d’elle,

Après beaucoup de peine et d’efforts impuissants
Elle dit qu’Uranie est seule aimable et belle,
Et m’y rengage plus que ne font tous mes sens. »

Vincent Voiture (1597-1648)

Sonnet de Job .

« Job de mille tourments atteint
Vous rendra sa douleur connue,
Et raisonnablement il craint
Que vous n’en soyez point émue.

Vous verrez sa misère nue ;
Il s’est lui-même ici dépeint :
Accoutumez-vous à la vue
D’un homme qui souffre et se plaint.

Bien qu’il eût d’extrêmes souffrances,
On voit aller des patiences
Plus loin que la sienne n’alla.

Il souffrit des maux incroyables,
Il s’en plaignit, il en parla,...
J’en connais de plus misérables. »

Isaac de Benserade (1612-1691)

 

Le Sonnet de Corneille

Entraîné dans la mêlée, Corneille fit sur les deux ouvrages en litige une épigramme et un sonnet, d’un éclectisme délicat, trop favorable à l’un et à l’autre. Le sonnet, qu’on a attribué à tort au prince de Conti, se terminait par une réponse digne de la Normandie natale du grand tragédien : et il renvoya dos à dos les deux parties :

 

« Deux sonnets partagent la ville,
Deux sonnets partagent la cour,
Et semblent vouloir à leur tour
Rallumer la guerre civile.

Le plus sot et le plus habile
En mettant leur avis au jour,
Et ce qu'on a pour eux d'amour
A plus d'un échauffe la bile.

Chacun en parle hautement
Suivant son petit jugement,
Et, s'il y faut mêler le nôtre,

L'un est sans doute mieux rêvé,
Mieux conduit et mieux achevé ;
Mais je voudrais avoir fait l'autre. »

Pierre Corneille            
 

et on pourra trouver l'épigramme écrit par Corneille en cliquant ici

 

Autres intervenants :

Son ardeur contre les Jobelins attira une flatteuse épigramme à Longueville. Madeleine de Scudéry fit le quatrain suivant à son sujet :

 

« À vous dire la vérité
Le destin de Job fut étrange
D’être toujours persécuté,
Tantôt par un démon et tantôt par un ange. »

 

Dans la Revue de Paris de 1838 on nous dit comment s’est terminée cette histoire :

« On se lassa pourtant de quereller sans jamais s'entendre, et un incident comique termina brusquement cette affaire. Les plus chauds admirateurs des deux poètes ne pouvaient souffrir qu'on ne se prononçât particulièrement pour aucun. Ils pressaient tous ceux qu'ils rencontraient de s'enrôler dans l'une des armées. Un jour on demandait à Melle de La Roche-du-Maine, fille d'honneur de la reine, de se déclarer pour Job ou pour Uranie. La pauvre fille ne se souciait pas plus de l'un que de l'autre, et n'avait pas de prétentions à l'esprit ; mais comme on sut lui prouver qu'elle ne devait point rester neutre, elle choisit au hasard, et croyant donner sa voix à Benserade, elle prononça Tobie au lieu de Job. Les mauvais plaisants se rendirent unanimement à cette opinion ; ils couraient partout répétant que l'avis de Roche-du-Maine était le seul bon et qu'il fallait se déclarer pour Tobie. Nous ne pouvons plus nous douter aujourd'hui de l'influence prodigieuse qu'avaient une malice ou un calembour en ce temps-là. Si le succès était facile, la chute ne l'était pas moins. Un caprice vous élevait et un mauvais bon mot vous jetait à la renverse".

 

Ce choix de Melle de La Roche-du-Maine était mentionné dans le Journal Encyclopédique ou Universel de l'année 1783. On peut rappeler que le mot Tobie est le nom d'un autre personnage de l'ancien testament.

 

 

Bien sûr on parla de cette querelle dans les journaux :

(sous-titre du document : documents pour servir à l'histoire du département de Seine et Oise)

    

   

Journal le Figaro du 26 mars 1857
feuilleton le Diamant des Poètes

Dans son livre Les Sonneurs des Sonnets, 1885, Alfred Delvau estime que les deux sonnets se valent
et il conclue que dans son livre, il a donné plus de place à ces deux sonnets tout simplement parce qu'il occupent
une place énorme dans l'histoire du sonnet.

   

   

   

   

et dans le numéro du 10 novembre 1923 du journal Le Temps, le feuilleton les Brebis de Mme Deshoullières qui se déroule au XVII° siècle
mentionne plusieurs oeuvres de Benserade

Dans l'annuaire du département de la Manche pour l'année 1901,
notice biographique et littéraire sur Eugène de Robillard de Beaurepaire,
personne qui s'est intéressée au sujet

 

Dans le numéro du 12 février 1928 du Mémorial d'Aix, journal d'Aix en Provence,
on apprenait qu'une communication sur le sujet avait été organisée à AIx.

Dans ses Essais sur l'Histoire des Belles Lettres, qui datent de 1749, Juvenel de Carlencas passe en revue différentes formes de poésie
et nous donne la conclusion à laquelle était arrivé le Prince de Conti dans la lutte entre les deux sonnets

   

Sonnet écrit par Pierre Corneille


  Jean Loret dans sa gazette La Muse Historique, rappelle qu'un jour Benserade avait été détroussé  de son sonnet de Job !

Dans le livre Le Roman Comique de Scarron,
on peut voir que le mari de Madame de Maintenon s'était rangé du côté de Benserade lors de la querelle

et toujours de la part de Scarron :

 

Tous les poèmes écrits à l'occasion de cette querelle ont été réunis dans un livre édité en 1660,
 donc juste au moment où cette querelle s'est calmée.
On trouvera des extraits de ce livre sur la page suivante en cliquant sur :
 
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